Le rapport du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme dresse le bilan de l’année 2025. Il fait état d’une résilience des programmes et de coupes budgétaires sans précédent. Voici ce qu’il indique sur la région MENA.

Une région à 2% du portefeuille d’investissement

Rapport de résultats 2026 du Fonds mondial, p.87

Sur la période 2023-2026, la région de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient représente 2 % du portefeuille mondial d’investissement du Fonds mondial, loin derrière l’Afrique subsaharienne (74 %), l’Asie-Pacifique (18 %), et à peine en dessous de l’Europe de l’Est/Asie centrale et de l’Amérique latine/Caraïbes (3 % chacune). Cette structure d’allocation place la région MENA au niveau le plus bas parmi les grandes régions géographiques couvertes par les subventions du Fonds mondial.   

Les pays MENA cités dans les financements d’urgence

Dans les chapitres consacrés aux trois maladies (VIH, tuberculose, paludisme), la région MENA apparaît principalement au titre des interventions d’urgence et des soutiens ponctuels, plutôt que dans le cadre de trajectoires de développement pérennes ou de résultats structurés à long terme :

  • VIH / sida : Financements d’urgence 2025–2026 déployés pour soutenir la réponse en contexte de crise humanitaire en Irak et au Liban (aux côtés du Botswana, de Cuba, du Myanmar et du Venezuela).
  • Tuberculose : Allocations d’urgence 2025–2026 visant à maintenir les services essentiels en Irak, au Liban et au Soudan (avec le Botswana et le Myanmar).
  • Systèmes de santé et communautaires (RSS/RSSC) : Redirection de l’assistance technique au Soudan pour appuyer la réponse à une crise aiguë.

Contrairement à d’autres zones comme l’Afrique subsaharienne ou l’Asie du Sud-Est, la région MENA ne fait l’objet d’aucune étude de cas ni de série de données approfondies dans les sections « Résultats » ou « Investir pour un impact durable ». Elle est ainsi principalement identifiée comme une zone de fragilité gérée par des réponses de crise, sans être associée à une dynamique d’impact durable clairement documentée.

Paludisme au Soudan : +332 % de décès entre 2010 et 2024

Extrait du tableau synthétique Paludisme 2010-2024. Le Soudan figure parmi les rares pays affichant une hausse significative de la mortalité et de l’incidence. Rapport de résultats 2026, p.57

Le tableau national du chapitre consacré au paludisme met en évidence une détérioration sanitaire critique au Soudan entre 2010 et 2024, marquée par une hausse spectaculaire des indicateurs :

+332 % de décès liés au paludisme

+203 % du taux d’incidence

Alors que la quasi-totalité des 32 autres pays analysés enregistre des baisses à deux chiffres, seuls le Niger et la Tanzanie affichent également une progression, mais dans des proportions nettement plus contenues.

Le rapport associe cette dynamique au Soudan, au Yémen et dans le Sahel à l’affaiblissement de la surveillance épidémiologique, à la rupture des chaînes d’approvisionnement et à l’impact des conflits. Le Soudan illustre ainsi dramatiquement comment la fragilisation des structures de santé peut anéantir, en quelques années,  deux décennies de progrès contre la maladie.

Des données manquantes pour Djibouti

Extrait du tableau de suivi des indicateurs Tuberculose. Les données de suivi de performance apparaissent comme indisponibles pour Djibouti « No data ». Source : Rapport de résultats 2026, p. 48

Dans le tableau récapitulatif du chapitre Tuberculose, Djibouti constitue le seul pays de la région MENA à bénéficier d’un reporting comparatif structuré aux côtés des autres nations. Toutefois, l’analyse détaillée des données révèle des lacunes importantes dans le suivi des performances. La mention « No data » (aucune donnée) y apparaît pour deux indicateurs épidémiologiques et cliniques majeurs :

  • Le taux de succès du traitement de la tuberculose pharmacorésistante (TB-MR) ;
  • Le taux de mise sous traitement antirétroviral (ARV) des patients co-infectés VIH/TB.

L’absence de ces indicateurs clés ressort d’autant plus que ces paramètres sont dûment renseignés pour la quasi-totalité des autres pays figurant dans le même tableau. Ce vide documentaire pour Djibouti illustre les défis persistants de collecte et de remontée de données probantes dans la région, entravant l’évaluation précise de la continuité des soins et de la réponse aux co-infections complexes.

Cycle de subvention 8 :  entre autosuffisance et contextes de crise  

Le rapport consacre une section prospective majeure à l’accompagnement des pays vers l’autosuffisance (self-reliance) dans le cadre de la préparation du 8ᵉ Cycle de subvention (GC8, 2027–2029). Cette feuille de route s’articule autour de trois piliers financiers et stratégiques :

  • Le renforcement du cofinancement national : Une exigence accrue d’engagements budgétaires locaux pouvant atteindre jusqu’à 35 % de l’allocation globale selon les pays ;
  • La prévisibilité des transitions : Le déploiement de trajectoires de sortie progressive et modélisée des subventions, visant à garantir la pérennité des acquis sanitaires ;
  • La mobilisation de ressources locales additionnelles : Un objectif mondial fixé à au moins 1,4 milliard de dollars d’investissements domestiques supplémentaires sur la période 2027–2029.
Extrait des orientations pour le cycle GC8 dans les contextes de crise et environnements fragiles.
Rapport de résultats 2026, p.85  

Dans la région MENA, ce virage vers la pérennisation financière pose directement la question de la capacité d’absorption et du relais budgétaire par les États, en particulier pour les pays confrontés à des contraintes économiques accrues et à des difficultés d’accès aux financements extérieurs.

En parallèle, le rapport souligne l’ampleur croissante des besoins dans les zones de crise et d’instabilité. Ces environnements fragiles ou affectés par des conflits – qui englobent plusieurs pays prioritaires de la région MENA (Soudan, Yémen, Syrie, Liban) – concentrent à l’échelle mondiale 16 % de la population, plus d’un tiers des décès liés aux trois maladies et jusqu’à 63 % des cas de paludisme. Reflet de cette vulnérabilité sanitaire, ces contextes captent désormais près de 40 % des investissements globaux du cycle GC8.

Source : Fonds mondial, Results Report 2026 · Données d’investissement arrêtées à juin 2026