ITPC-MENA lance une étude nationale sur les barrières d’accès à la prévention et aux soins

Rabat, le 14 octobre 2026. L’Association pour l’Accès au Traitement (ITPC-MENA) a réuni le 8 octobre 2026 à Rabat les principaux acteurs nationaux engagés dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus, à l’occasion du lancement d’une étude nationale sur les barrières d’accès à la prévention, au dépistage et au traitement. L’étude doit identifier les points précis où le parcours des femmes se rompt et formuler des recommandations adressées à des décideurs identifiés. Ses conclusions sont attendues en décembre 2026.

Moins de cas, mais un diagnostic toujours trop tardif

Le Maroc a progressé. Selon le Registre des cancers de la région du Grand Casablanca, l’incidence brute du cancer du col de l’utérus est passée de 12,8 pour 100 000 femmes en 2004 à 6,6 pour la période 2018-2021, ce cancer reculant du deuxième au quatrième rang des cancers féminins. L’introduction de la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) dans le Programme national d’immunisation en 2022 et l’extension du dépistage organisé s’inscrivent dans cette dynamique, conformément à la stratégie mondiale d’élimination adoptée par l’Organisation mondiale de la Santé en 2020.

Ces progrès ne doivent pas masquer ce qu’ils laissent derrière eux. Le Centre international de recherche sur le cancer estime à plus de 2 000 le nombre de nouveaux cas de cancer du col et à environ 1 000 le nombre de décès chaque année au Maroc, soit près de six femmes diagnostiquées chaque jour et près de trois qui en meurent. Selon le Registre des cancers de la région du Grand Casablanca, 38,7% des cas y sont découverts aux stades III et IV, lorsque les chances de guérison se sont déjà réduites. Il s’agit pourtant de l’une des régions les mieux dotées du pays en moyens de dépistage et de soins. Quant à la participation au programme national de dépistage organisé, les données publiées par le ministère de la Santé et de la Protection sociale la situent à 9,2 %.

Un cancer que l’on sait prévenir, dépister et traiter continue donc d’être découvert trop tard.

Prévenir ne suffit pas si le traitement ne suit pas

C’est sur cet écart entre les dispositifs existants et l’accès réellement vécu par les femmes que porte l’étude lancée par ITPC-MENA. Elle documentera, pour chacun des trois volets (vaccination, dépistage, prise en charge), les produits et les pratiques effectivement utilisés, leurs circuits d’acquisition et leurs prix, le périmètre de la couverture publique et le reste à charge des ménages, puis les leviers d’action mobilisables.

« Dépister une femme sans pouvoir la traiter, ce n’est pas la protéger, c’est seulement l’informer. Ce que nous voulons documenter, c’est l’ensemble de son parcours, du dépistage au diagnostic, au traitement et au suivi : les délais, les ruptures, les coûts, ce qui est remboursé et ce qui reste à sa charge. C’est tout au long de ce parcours que se joue l’accès réel aux soins..» Hiba El Khamal, directrice exécutive d’ITPC-MENA

ITPC-MENA aborde ce sujet avec l’approche qu’elle a développée sur le VIH, les hépatites virales et la tuberculose : remonter à ce qui détermine le prix et la disponibilité d’un produit de santé, et en tirer des leviers d’action concrets.
L’association intervient en complément des acteurs déjà mobilisés sur le cancer du col au Maroc, dont elle entend valoriser et consolider les travaux.

Ce que les échanges du 8 octobre ont mis en évidence

Les constats suivants ont été partagés par les participants au cours de la journée. Ils orienteront les investigations de l’étude.
— Sur la vaccination, l’obstacle n’est ni le prix ni la disponibilité. Des doses sont disponibles et des doses périment. Ce qui manque relève de l’adhésion des familles et des professionnels, et de messages de promotion conçus pour le contexte marocain.
— Le frein au test HPV n’est pas technique. Le dépistage national repose encore sur l’inspection visuelle. Une étude conduite au Maroc et publiée en avril 2026 a démontré la faisabilité et l’acceptabilité du test HPV, avec plus de 90 % de participation, sur des plateformes de biologie moléculaire déjà installées dans le pays.
— L’autonomie des femmes augmente la participation. L’auto-prélèvement réduit la contrainte et la stigmatisation. L’expérience du dépistage communautaire du VIH au Maroc a été citée comme précédent direct.
— La qualité de la prise en charge dépend du lieu de résidence. L’offre technique la plus avancée reste concentrée sur un petit nombre d’établissements. L’absence de remboursement de traitements lourds, généralement coûteux reste un défi de taille.

Une étude en trois volets, des conclusions en décembre

L’étude associe une revue documentaire et réglementaire, des entretiens avec les programmes nationaux, les autorités de régulation, les organismes de couverture, les professionnels de santé, les associations des patientes, ainsi qu’un benchmark international.

Un comité réunissant les représentants institutionnels, des experts cliniques et des acteurs associatifs, accompagnera les étapes de l’étude. Les résultats seront présentés et validés collectivement avant publication.

Structures présentes à la réunion nationale

Direction de l’Épidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Ministère de la Santé et de la Protection sociale ; Association Marocaine de Planification Familiale ; Association de Lutte Contre le Sida ; Moroccan Association of Supportive Care in Cancer ; Association des Amis des Malades du Cancer (Agadir) ; Association NABD ; MENA Coalition for HPV Elimination ; ITPC-MENA.

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Contact presse
M. Othmane Marrakchi, responsable plaidoyer, ITPC-MENA
othmane.marrakchi@itpcmena.org · Tél. : 0623737536
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