Source : Sciences et Avenir

Des chercheurs français ont trouvé le moyen d’identifier les cellules réservoirs du VIH dans lesquelles le virus peut rester caché pendant des années. Une étape déterminante dans la quête d’une guérison.

VIH. C’est l’un des plus redoutables mécanismes de défense du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) qui est en passe d’être déjoué. Une vaste équipe de chercheurs français* a en effet découvert le moyen d’identifier les “cellules réservoirs” du virus. Celles dans lesquelles le VIH se cache et qui sont responsables de la persistance du virus dans l’organisme, y compris lorsque le patient est sous antirétroviraux. L’un des obstacles à l’élimination complète du VIH est en effet sa capacité à se mettre en latence pendant plusieurs dizaines d’années dans des cellules réservoirs, échappant ainsi à la réponse immunitaire et à la trithérapie. Or si les traitements sont stoppés, le virus réactive son mécanisme de réplication et fait progresser la maladie. Issus du programme stratégique ” Réservoirs du VIH ” de l’Agence nationale de recherche sur le Sida (ANRS), les travaux publiés dans Nature du 15 mars 2017 montrent qu’il est possible de distinguer ces cellules “dormantes” des cellules saines. Ils ouvrent ainsi la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques qui cibleraient le virus là où il se cache.

LE SIDA :

Concrètement, les chercheurs sont partis du principe que le virus en latence devait forcément laisser une trace de sa présence à la surface de sa cellule hôte. En travaillant sur un modèle d’infection in vitro, les chercheurs de l’Institut de génétique humaine (CNRS/Université de Montpellier) ont fini par identifier une protéine, CD32a, qui n’était présente qu’à la surface des cellules infectées. Des vérifications effectuées sur des échantillons sanguins de 12 patients sous traitement ont confirmé l’hypothèse : les chercheurs tenaient en la protéine CD32a un marqueur de l’infection silencieuse des cellules.

Cette découverte importante n’offre pas directement de nouvelles solutions pour lutter contre l’infection. En revanche, elle donne pour la première fois la possibilité de savoir où le virus latent se cache. Une étape déterminante pour tenter de débarrasser définitivement les organismes du VIH. Le CNRS a ainsi déposé un brevet sur l’utilisation diagnostique et thérapeutique du marqueur identifié.

La protéine miracle CD32a

À cause des cellules dormantes, le traitement par trithérapie ne peut donc être arrêté, car sans médicaments, les cellules réservoirs s’activent et induisent une production de virus capable d’infecter les cellules saines alentours, provoquant un redémarrage de la maladie.

Pour pallier cet effet néfaste des cellules dormantes, il faut donc les éliminer en totalité. Mais impossible de les détruire sans les avoir d’abord identifiées ! Et c’est l’exploit qu’a réussi à accomplir l’Institut de génétique humaine (IGH) du CNRS et de l’université de Montpellier, avec l’aide de l’Inserm, l’Institut Pasteur, l’hôpital Gui de Chauliac, l’hôpital Henri-Mondor de Créteil et l’Institut de recherche vaccinale. «Nous sommes parvenus à identifier la protéine CD32a, qui s’exprime spécifiquement à la surface des lymphocytes infectés par le VIH», éclaire Benjamin Descours, post-doctorant à l’IGH.

Cette protéine peut donc être utilisée comme un marqueur des cellules dormantes, qui, bien qu’infectées, passaient autrefois inaperçues au milieu des cellules saines. «Il est maintenant facile de distinguer et de travailler les cellules réservoirs infectées en utilisant des anticorps couplés à une molécule fluorescente. Ces anticorps se fixent spécifiquement sur CD32a et donc sur les cellules dormantes qui deviennent fluorescentes», complète le post-doctorant.Cette découverte publiée dans la revue scientifique Nature ce mercredi ouvre la voie à une meilleure connaissance fondamentale des réservoirs viraux, qui pourront désormais être facilement isolés et directement analysés. À plus long terme, elle pourrait déboucher sur des stratégies thérapeutiques visant à éliminer le virus latent.

*Ces travaux sont le fruit d’une collaboration entre le CNRS, l’Université de Montpellier, l’Inserm, l’Institut Pasteur, l’hôpital Henri-Mondor AP-HP de Créteil, l’hôpital Gui de Chauliac (CHU de Montpellier) et le VRI (Institut de recherche vaccinale).

Posted by zakaria